31/07/2014

Abbé Cekada : Entretien avec J. Bourbon de Rivarol




Source : Tradinews

L’abbé Anthony Cekada a publié en 2010 une étude sur la nouvelle messe, intitulée Work of Human Hands, A Theological Critique of the Mass of Paul VI, aux éditions PhilotheaPress, disponible depuis le site www.SGGResources.org. Traduit en français, l’ouvrage est en cours d’édition en France. Quatre ans plus tôt, en 2006, feu Serge de Beketch avait invité l’abbé Cekada dans son Libre Journal sur Radio Courtoisie pour s’entretenir sur son étude érudite concernant l’invalidité des nouveaux sacres conciliaires de 1968.

RIVAROL : Pouvez-vous nous dire comment l’idée d’écrire un ouvrage sur la nouvelle messe vous est venue ? N’y a-t-il pas déjà une bibliographie abondante à ce sujet ?

Abbé Anthony CEKADA : Si bien sûr, mais j’ai vraiment écrit pour répondre à un besoin. J’avais 14 ans lorsque j’assistai aux changements apportés à la liturgie après Vatican II. J’en fus profondément choqué. Cette nouvelle liturgie me frappait par son manque de révérence, la messe n’était plus quelque chose de sacré. J’ai vécu avec ce sentiment plusieurs années avant de devenir traditionaliste et d’être ordonné prêtre par Mgr Lefebvre en 1977. Lorsque j’enseignais la liturgie au séminaire Saint-Pie-X dans le Michigan, j’ai cherché un texte qui expliquerait les différences entre la messe traditionnelle et la messe de Paul VI, mais je n’ai trouvé ni ouvrage ni article, dans aucune langue, qui l’explique suffisamment. J’ai donc entrepris de le faire moi-même.

Pendant plusieurs années, j’ai rassemblé des documents de plusieurs sources différentes, et il m’a fallu encore des années pour écrire le livre, qui fut terminé en 2009. Je fais une comparaison entre le rite de saint Pie V et la nouvelle messe. Je ne parle pas des improvisations qui peuvent avoir lieu dans certaines paroisses, mais bien de la messe de Paul VI en latin, telle qu’elle peut être célébrée de la façon la plus fidèle possible au missel. Je traite non seulement du commun, mais encore du propre. J’étudie le rite de Paul VI du point de vue de la doctrine — sont-ce deux doctrines différentes qui sont enseignées dans les deux rites ? — et je m’interroge sur la manifestation, ou l’absence de manifestation, du sacré dans ce rite, ainsi je me demande lequel des deux rites est le plus digne.

L’ouvrage est populaire dans le monde anglophone, j’ai eu des recensions favorables même parmi le clergémotu proprio américain. J’ai eu une recension positive également d’un membre de la commission chargée de la nouvelle traduction du missel de Paul VI en anglais, qui a été “promulguée” il y a 3 ans. Et le livre s’est bien vendu. Il existe en français une excellente traduction, mais elle n’a pas encore été publiée et j’espère qu’elle le sera prochainement.

R. : Vous insistez sur le fait que c’est l’Ordo Missae en latin que vous étudiez. Est-ce dans le but de montrer que les problèmes de la nouvelle messe ne viennent pas d’une mauvaise compréhension ou application du rite de Paul VI mais sont bien propres à ce rite ? Car beaucoup s’accordent à fustiger les abus auxquels on peut assister dans certaines paroisses, mais une grande partie du monde traditionaliste se refuse à condamner le rite en lui-même, et sans doute beaucoup ne refuseraient pas d’y assister si seulement il était dit en latin…

Abbé A. C. : Oui, précisément, car il faut bien comprendre que les problèmes qui sont apparus dans la nouvelle messe en langue vernaculaire sont en fait les résultats de la législation liturgique officielle, qui s’appuie sur l’Ordo missaede Paul VI. Je ne traite qu’en passant des abus. Je vous invite, pour vous faire une idée de mon étude, à regarder le petit résumé vidéo que je fais de chaque chapitre sur mon site[voir en fin d’interview, NDLR].

R. : Vous dites sur votre blog ou dans vos émissions de radio que vous savez déchiffrer le langage de Bergoglio car il est l’incarnation du modernisme des années 1960-1970 que vous connaissez bien. Quelle expérience avez-vous du modernisme ?

Abbé A. C. : En 1965, je suis entré au petit séminaire de l’archidiocèse de Milwaukee. En 1969, je suis entré au grand séminaire et j’y ai étudié durant quatre ans. Pendant le temps que j’étais au petit séminaire, et les premières années du grand séminaire, les changements du concile Vatican II commençaient d’être introduits. J’assistai depuis l’intérieur du séminaire aux effets dévastateurs du concile sur la liturgie, sur la vie des prêtres, et sur la doctrine catholique. Je voyais ce processus de près. Quand j’entrai au grand séminaire, j’avais beaucoup de professeurs modernistes. Il n’est pas un seul dogme de la foi catholique que je n’aie pas vu nié durant mes cours. La méthode des modernistes était d’opérer de façon insidieuse. Ils sapaient la doctrine catholique en mettant de côté l’enseignement de l’Eglise pour le “surpasser”. Leur grande idée était de prétendre que nous avions évolué, que nous étions allés au-delà de telle ou telle doctrine.

De plus, les évêques à cette époque admettaient que l’Eglise adhérait à tel enseignement moral — à l’époque, il était beaucoup question de contraception — mais ils nuançaient cette remarque en disant que nous devions avoir une approche plus pastorale. En réalité, l’enseignement moral était nié dans la pratique. Pour les professeurs, il s’agissait de nous faire croire que la compréhension de tel ou tel enseignement avait évolué. L’évolution du dogme est une erreur que saint Pie X a condamnée et il avait mis en garde contre la duplicité des modernistes, qui faisaient mine d’accepter l’enseignement moral qui était nié dans la pratique…nihil novisub sole !

R. : Justement, à propos de cette « approche pastorale », vous disiez dans une émission récemment que le mot “pastoral” était presque un nom de code dans la bouche de Bergoglio. Qu’entendiez-vous par là ?

Abbé A. C. : Le langage de Bergoglio est le même que celui que j’entendais au séminaire dans les années 1960. Dès son élection, il m’a paru évident qu’il avait la mentalité des prêtres de cette époque. Le mot “pastoral” est selon moi un nom de code pour parler de négation pratique des enseignements moraux. Une autre expression clé de Bergoglio est « le peuple de Dieu », employée pour parler de l’Eglise.

L’Eglise n’est pas vue dans sa structure hiérarchique, mais comme une assemblée de fidèles. La détestation de Bergoglio pour la théologie systématique qu’il qualifie de sèche, d’abstraite, d’idéologie, est typique. Il a tout un arsenal de termes qui viennent tout droit des années 1960.

R. : Que pensez-vous des évènements qui ont mené à l’“élection” de Bergoglio ? Personne ne s’attendait à la “renonciation” de Benoît XVI, et son successeur se situe sur une ligne bien différente, comme si Ratzinger avait été poussé vers la sortie pour qu’un élément plus progressiste prenne sa place. Pensez-vous que Bergoglio a été élu sur un programme précis ?

Abbé A. C. : Je ne pense pas qu’il y ait eu un complot, si c’est cela que vous voulez dire. Ratzinger voyait simplement ses forces décliner. Il était rattrapé par les années et ne pensait plus être utile. Mais l’on peut dire que le “conclave”, en choisissant Bergoglio, a voulu essayer autre chose que ce que Ratzinger offrait. Ratzinger avait essayé, avec l’herméneutique de la continuité et son image plus conservatrice, de ramener les gens dans l’Eglise. Il n’y est guère parvenu.

Le “conclave” a sans doute vu en Bergoglio quelqu’un qui pourrait essayer un programme diamétralement opposé. Dès le début, il a annoncé le changement, dès son entrée sur le balcon. Le fait de mettre avec Ratzinger un vernis conservateur sur Vatican II ayant échoué, Bergoglio a simplement proposé de mettre complètement Vatican II en pratique.

R. : Le changement vient aussi du nouveau mode de communication de Bergoglio qui use et abuse des interviews, et même des conversations téléphoniques privées qui sont ensuite rapportées et décortiquées sur les réseaux sociaux, tout cela en prenant le risque de ne plus être audible. Pensez-vous que les interviews données par Bergoglio puissent être considérées comme faisant partie du « magistère conciliaire » ? D’aucuns, pour justifier des propos a priori scandaleux, se lancent dans de véritables exégèses de la parole de l’occupant du siège de Pierre, ou les rejettent paisiblement en prétendant qu’il ne s’agit pas de déclarations magistérielles et que par conséquent elles peuvent être ignorées.

Abbé A. C. : Le sujet est très pertinent. Bergoglio comprend l’usage des media modernes. Lorsqu’il donne ces interviews, qu’il fait des déclarations désinvoltes qui deviennent finalement publiques, il est en fait en train d’enseigner et il a bien l’intention d’enseigner. Ce n’est pas un hasard s’il a voulu faire tous les jours une homélie retransmise depuis la maison Sainte-Marthe, par exemple. Dans ses interviews, il est évident qu’il montre aux catholiques ce qu’ils doivent penser de tel ou tel enseignement de l’Eglise. Donc toutes ces déclarations sont censées devenir partie intégrante du magistère. Car c’est un homme reconnu comme pape qui délivre cet enseignement.

Ce qu’il dit change pour toujours la façon dont les catholiques considèrent certains sujets, et je ne suis pas le seul à le dire : des éditorialistes de tous bords l’ont fait remarquer, le professeur De Mattei, par exemple, ou même, récemment, un commentateur duNew York Times. Aux Etats-Unis, et je suis sûr que c’est le cas aussi en France, ses paroles sont citées constamment, et elles ont un véritable impact, elles sont prises en compte dans le débat public. Il est donc bien en train d’enseigner. Les gens qui le reconnaissent comme pape doivent considérer son enseignement comme faisant autorité car pour eux c’est le chef de l’Eglise qui parle.

R. : Et les sujets brûlants sont légion. Qu’en est-il du “synode” sur la famille ? Faut-il s’attendre selon vous à un changement doctrinal assumé ?

Abbé A. C. : Le thème central de ce “synode” sera évidemment la question de l’accès aux sacrements des divorcés-remariés. Bergoglio lui-même paraît très déterminé à faire évoluer la pratique, il l’a dit à plusieurs reprises. Ce sera le grand changement à faire voter. Bergoglio l’a dit clairement à travers les “cardinaux” Kasper (pour qui il faut « tenir le binôme de la fidélité aux paroles du Christ et à la miséricorde de Dieu ») et Maradiaga (qui déclarait « Nous devons reconnaître les signes du temps de 2014 comme il avait été fait en 1963, 1964 et 1965 pendant le Concile Vatican II »).

Les modernistes introduiront un changement d’une façon qui semblera laisser intact l’enseignement sur l’indissolubilité du mariage. Ils insisteront sur le fait que cette doctrine n’est pas négociable. Mais ils la réduiront à néant dans la pratique, et appelleront cela une « application pastorale » de l’enseignement sur l’indissolubilité. Autrement dit, ils nieront, dans les faits, l’enseignement traditionnel.

Mais une autre possibilité de contourner l’indissolubilité se fait jour dans des interviews. Il s’agirait de faciliter les annulations des mariages. Ce serait une façon de déguiser le divorce. Autrefois, les annulations étaient très rares. Il s’agissait de constater que le mariage n’avait pas été contracté entre deux personnes, par exemple dans le cas où le consentement a été obtenu par la violence. Une fois le mariage annulé, les deux personnes peuvent se marier puisque l’Eglise reconnaît qu’elles n’ont jamais été engagées dans un mariage. L’on voit comment une loi de bon sens peut être détournée afin de satisfaire à la modernité. Kasper a ainsi déclaré dans une interview donnée à une publication jésuite américaine que « le Saint Père croit que 50 % des mariages actuels sont invalides », en raison du manque de connaissance des époux sur ce qu’implique le sacrement de mariage. Cela est extrêmement choquant ! Ce n’est qu’un prétexte pour permettre de plus en plus d’annulations et saper l’enseignement de l’Eglise sur l’indissolubilité du mariage.

L’autre thème qui pourrait être abordé au “synode” est celle du mariage des prêtres. Bergoglio a parlé de cette possibilité à une certain nombre de prélats, qui en ont parlé à la presse. Il a invité les conférences épiscopales à lui soumettre des propositions à ce sujet. Il est possible que ce soient les deux points centraux. D’autres questions seront soulevées, mais celles-là seront cruciales.

Le troisième thème évoqué par Bergoglio est la question de ce qu’il appelle la “synodalité”, la gouvernance de l’Eglise au moyen des synodes, c’est-à-dire les assemblées d’évêques. Il en a parlé très favorablement dans l’avion de retour du Brésil. Cela est la mise en pratique de la collégialité de Vatican II. Ce sera un changement structurel très important car il modifiera la vision qu’ont les catholiques de la fonction pontificale.

Selon lui, beaucoup de questions qui sont gérées par le pape et la curie devraient être déléguées aux conférences épiscopales des différents pays. S’il réussit à mettre cela en place, il institutionnalisera la révolution de Vatican II au niveau local. Cela changerait radicalement la compréhension qu’ont les gens de la nature de l’Eglise, de la façon dont elle doit être gouvernée, et de la fonction pontificale, qui s’en trouverait affaiblie. Le programme de Bergoglio a d’ailleurs été constamment de diminuer la papauté.

R. : Vous dites que le “synode” fera en sorte de rendre la validité des mariages douteuse en posant la question des consentements, mais ne pensez-vous pas qu’en effet, certains mariages sont célébrés sans que les époux sachent réellement ce à quoi ils s’engagent, soit que l’indissolubilité du mariage ne soit plus enseignée, soit qu’elle ne soit pas véritablement crue par des gens qui se marieraient à l’église sans réelle conviction ? Et l’on peut alors légitimement se demander si de tels mariages sont valides.

Abbé A. C. : Absolument pas ! La législation traditionnelle sur le consentement des époux, sur leur compréhension de leur engagement, n’est pas du tout exigeante. On n’a pas besoin d’avoir une connaissance exhaustive du sacrement pour contracter validement un mariage, sinon ce serait très difficile pour les gens d’être sûrs d’avoir reçu le sacrement ! Ce que les modernistes essaient de faire est de « mettre la barre plus haut » pour rendre très difficile, à leurs yeux, la validité du sacrement, afin qu’ensuite, le mariage puisse être annulé plus facilement.

Bien que les gens puissent avoir des idées confuses, dans ce monde moderne où le mariage n’est pas considéré comme une institution très importante, cela n’exclut pas la présomption que lorsque vous contractez mariage, vous avez au moins l’intention minimale de faire ce que veut l’Eglise.

R. : Le rapport de Bergoglio aux homosexuels n’est-il pas un autre exemple de son « approche pastorale » ? Il a déclaré « qui suis-je pour juger les gays ? »,on le voit sur des photos tenir la main d’un prêtre favorable aux homosexuels, Luigi Ciotti, embrasser celle d’un autre prêtre, Michele de Paolis (voir photo ci-dessus), qui est militant LGBT et pour qui l’homosexualité est un don de Dieu (il a écrit un article sur le site de son association, Agedo Foggia : « Ce n’est pas vrai que vous êtes dans le péché, parce que Dieu vous aime et il a mis en vous cette tendance : c’est un don qu’il vous a fait. C’est votre nature, qui doit être acceptée et respectée. Vous n’êtes pas malades, vous n’avez pas à guérir de cette tendance. »). Il va très loin dans ce domaine. Comment l’expliquez-vous ?

Abbé A. C. : Comme vous le dites, cela est l’approche pastorale des années 1960. Bergoglio se dit fils de l’Eglise et affirme adhérer à son enseignement. Mais dans la pratique, il laisse entendre que ces activités sont acceptables en recevant chaleureusement ces gens, en prétendant ne pas vouloir juger. Cette dernière phrase a bouleversé et a véritablement changé la perception de certains catholiques vis-à-vis de l’homosexualité.

En Illinois, un Etat qui compte une large population catholique, un débat a eu lieu pour légaliser le “mariage” homosexuel. Les catholiques s’y étaient opposés pour des motifs religieux. Le président de la Chambre des Représentants de l’Illinois, Michael Madigan, a paraphrasé les mots de Bergoglio en disant : « qui suis-je pour juger que [les unions gays] devraient être illégales ? », tandis qu’un autre représentant, Linda Chapa La Via, n’a plus hésité à voter en faveur du “mariage” gay en déclarant : « je suis Jésus et le pape, et il est évident pour moi que le cœur de la doctrine catholique est l’amour, la compassion et la justice ». Vous voyez que les paroles de Bergoglio ont des conséquences.

R. : Bergoglio aime aussi les gestes symboliques. Il a pour habitude de demander des bénédictions à d’autres chefs religieux.

Abbé A. C. : C’est l’œcuménisme de Vatican II en action ! L’idée est de faire accroire que la foi catholique n’est pas la seule vraie foi. Si le supposé pape demande des bénédictions aux hérétiques, cela veut dire que les différences doctrinales n’ont pas d’importance, qu’une religion est aussi bonne qu’une autre. Par ces gestes théâtraux il montre de façon concrète que tout ce qui compte c’est la bonne volonté et un sentiment général de charité envers son prochain, sentiment qui n’est pas informé par la foi. Mais il y a plus.

Dans la personne de Bergoglio, c’est l’office pontifical qui est diminué, humilié. Le fait que celui qui se prétend le Vicaire de Jésus-Christ s’agenouille et demande la bénédiction de quelqu’un qui professe une fausse religion est à l’opposé de ce que doit être la papauté. La papauté, c’est la colonne de vérité dans le monde. Cependant, Bergoglio se plie aux préjugés de notre société moderne et sécularisée selon lesquels toutes les religions se valent, une société qui aime les gestes théâtraux, symboliques comme ceux-ci.

Aux Etats-Unis, on a beaucoup parlé d’une petite vidéo envoyée par Bergoglio à un groupe protestant dont le chef prêche un évangile que même nous qualifierons de très américain. L’idée est que la pratique de la religion peut apporter une prospérité matérielle. Bergoglio, dans un court message, a loué le fait qu’ils soient charismatiques, a même appelé un membre du groupe son « frère dans l’épiscopat » ! Cette secte n’a pas d’ordres valides, et l’homme n’est donc pas évêque. Tout comme l’archevêque de Cantorbéry, par qui Bergoglio s’est aussi fait bénir. Léon XIII a tranché infailliblement la question des ordres anglicans, et nous savons qu’ils ne sont pas valides. C’est choquant, que Bergoglio appelle “évêque” un simple laïc. La secte pentecôtiste à laquelle je fais référence est connue pour parler en langues, pour prêcher cet évangile de la richesse, pour faire des supposées guérisons… Cette vidéo était stupéfiante, sans parler du « câlin spirituel » que Bergoglio y adressait à ses “frères”. C’était humiliant pour l’Eglise et la notion de papauté.

R. : Et en ce qui concerne ses relations avec les représentants des autres religions, ne va-t-il pas plus loin que ses prédécesseurs ?

Abbé A. C. : Je pense que Bergoglio continue ce que Jean-Paul II et Benoît XVI faisaient déjà. Ils allaient déjà très loin, tout le monde se souvient de Jean-Paul II devant le Mur des Lamentations. Bergoglio applique les même principes, mais d’une façon plus émotionnelle et plus concrète. Je ne pense pas qu’il soit plus radical, c’est seulement sa façon de faire qui est différente.

R. : Et il s’est montré très complaisant envers l’Islam, il a encouragé à lire le coran, des prières musulmanes ont été dites au Vatican, il était allé à Lampedusa pour accuser l’Europe de ne pas accueillir assez généreusement les immigrés mahométans.

Abbé A. C. : Oui, j’ai entendu parler de cette prière et je n’étais pas surpris. L’Islam se propose de s’imposer en Europe grâce à l’immigration. Les immigrants musulmans font des enfants, et il y aura nécessairement substitution de culture car les adeptes de Vatican II, eux, n’ont généralement pas de famille nombreuse.

Vatican II est très permissif dans l’ordre pratique sur la contraception, il permet de vivre égoïstement, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il y ait une résistance des catholiques conciliaires à cette immigration musulmane. D’ailleurs, ce n’est absolument pas la préoccupation de Bergoglio. Il est indifférent à cette menace pour la culture européenne et la foi catholique. Et pourquoi s’en soucierait-il ? L’Islam n’est-il pas, à ses yeux, une religion aussi bonne que le catholicisme ?

R. : Avec un prélat si progressiste, pensez-vous qu’il y a moins de possibilité qu’avec Ratzinger de voir une « normalisation canonique » de la FSSPX ?

Abbé A. C. : J’ai suivi les négociations entre la FSSPX et le Vatican de très près du temps de Benoît XVI. Il est vrai que la situation a changé. D’abord, Bergoglio n’a pas d’attrait pour la liturgie traditionnelle, ni pour les groupes traditionalistes. Nous l’avons dit, son programme, c’est encore plus de Vatican II. Il a d’ailleurs pris des mesures contre des groupes comme les Franciscains de l’Immaculée, à qui il a interdit de célébrer la messe de saint Pie V, on peut donc penser que les temps ne sont pas propices à un accord.

Cependant Bergoglio met les « bonnes intentions » d’une personne avant le fait d’adhérer à la vraie religion. C’est pourquoi il ne sera pas comme Benoît XVI attaché à la signature d’un accord doctrinal avec la FSSPX. L’accord proposé par Mgr Fellay a finalement mené à une annulation des négociations avec le Vatican, ce qui me fait dire que, paradoxalement, l’accord pourrait être plus facile avec Bergoglio.

L’actuel occupant du siège de Pierre l’a dit : le Chemin néocatéchuménal a son interprétation de Vatican II, comme le mouvement Communion et Libération, comme les congrégations traditionalistes. Pour Bergoglio, finalement, la FSSPX est aussi catholique que n’importe quel autre mouvement. Si Bergoglio ne se sent pas séparé des anglicans ou des pentecôtistes, on ne voit pas d’après quel principe il pourrait laisser les traditionalistes au ban de son Eglise. Pour lui en effet, les questions doctrinales ne doivent pas diviser.

Il ne serait pas étonnant non plus qu’il tolère les critiques de prêtres de la FSSPX à son endroit, qu’il tolère des critiques de Vatican II. Ce serait sa façon de résoudre le problème : les réintégrer sans même demander de contrepartie. En tout cas, ce serait cohérent avec les principes qu’il a énoncés jusqu’ici. Ce sera passionnant de voir ce qui va se passer.

R. : Ne pensez-vous pas que l’éviction en octobre 2012 de Mgr Williamson, qui n’a jamais renié ses propos révisionnistes — et qui vient de fonder le 15 juillet au couvent d’Avrillé une Union Sacerdotale Marcel Lefebvre (USML) qui réunit les opposants lefebvristes à Mgr Fellay —, soit un préalable, une condition sine qua non à un accord?

Abbé A. C. : Je crois que le Vatican ne connaissait pas les opinions de Mgr Williamson avant la levée des excommunications. Si je me souviens bien, elle a eu lieu avant que cette interview fasse surface. Ils n’étaient pas bien informés. Il est évident que si le Vatican avait eu vent de l’interview plus tôt, ce début de réconciliation n’aurait pas été possible.

R. : C’est une condamnation sans appel que vous faites de Bergoglio. Que répondez-vous à ceux qui invoquent l’indéfectibilité de l’Eglise ?

Abbé A. C. : Je crois qu’il ne faut pas avoir peur de tirer des conclusions. Un catholique constate sans peine que ce que dit Bergoglio n’est pas catholique, qu’il s’agisse de la doctrine ou de la morale. Et cependant, nous savons que la doctrine catholique nous enseigne que la hiérarchie de l’Eglise ne peut pas nous induire en erreur ou nous pousser au mal. Nous sommes devant un problème : nous croyons que l’Eglise et le Pape, en vertu de l’infaillibilité, ne peuvent pas errer ; mais force est de constater qu’il ne faut pas suivre Bergoglio pour rester catholique. La seule façon d’expliquer cette contradiction est de se rendre à l’évidence : nous n’avons pas en face de nous une hiérarchie catholique. Ces gens ne sont pas investis de l’autorité de Jésus-Christ.

Au seul mot de sédévacantisme, en France du moins, les traditionalistes sont effrayés, dégoûtés même comme beaucoup de gens le sont dès qu’on prononce le mot révisionnisme. Pourtant, cette conclusion que le siège est vacant, occupé par un imposteur, est la conséquence logique de l’enseignement catholique d’une part, de l’hérésie de Bergoglio et de ses prédécesseurs depuis la mort de Pie XII d’autre part. Le sédévacantisme est seulement une explication. La théologie catholique nous dit que si l’Eglise est indéfectible, les individus, eux, peuvent faire défection. C’est la conclusion logique aux maux que nous voyons de nos propres yeux. Maux qui ne peuvent pas venir de l’Eglise ! Dire que la nouvelle messe vient de l’Eglise catholique reviendrait à dire que ce rite, que même la FSSPX considère comme blasphématoire, et selon les circonstances invalide, nous a été donné par Jésus-Christ.

Je suis conscient qu’il est très difficile d’imaginer l’horrible réalité de ce que nous vivons. Pendant longtemps, j’ai défendu l’autorité de Paul VI. J’étais de ceux qui disaient que l’on déformait les propos du “pape”, qu’il était mal entouré, mal obéi. Mais c’était s’aveugler. En étudiant, j’ai découvert que Paul VI était bien au fait de tous les changements doctrinaux et liturgiques de Vatican II. J’ai réalisé que les erreurs venaient directement de celui qui prétendait être le chef visible de l’Eglise. Dès lors, j’ai dû résoudre ce problème d’autorité, et le sédévacantisme est à mon sens la seule façon catholique de le résoudre.

R. : Vous pensez donc que Bergoglio est un hérétique formel, mais ne faut-il pas une déclaration de l’Eglise pour l’affirmer ?

Abbé A. C. : Quand Bergoglio dit que Dieu n’est pas catholique, qu’on ne peut pas avoir de certitude sur la doctrine, que les athées peuvent aller au ciel, et beaucoup d’autres hérésies encore ; quand il nie en pratique l’indissolubilité du mariage, tout cela est public. On fait souvent des confusions au sujet de l’hérésie formelle. On entend en effet que pour déclarer que quelqu’un est hérétique, il faut une déclaration de l’Eglise. En fait, c’est le cas pour le crime d’hérésie, qui est affirmé après des mises en garde de l’autorité ecclésiastique ; mais ces sanctions ne sont pas nécessaires pour affirmer et reconnaître le péché d’hérésie, et donc pour être un hérétique formel. Pour Bergoglio, je parle de péché d’hérésie ; rappelons que Bergoglio a été au séminaire, on ne peut guère plaider l’ignorance, par conséquent sa culpabilité est aisément présumée.

De plus l’hérésie formelle n’est pas nécessaire pour séparer quelqu’un de l’Eglise, l’hérésie matérielle et publique est suffisante, c’est ce qu’enseignent les auteurs, par exemple Van Noort (DogmaticTheology 2 : 153) si bien que même sans remplir nécessairement les conditions de l’hérésie formelle, un hérétique matériel qui prononce publiquement des hérésies se met hors de l’Eglise. Et il est évident que quelqu’un qui est hors de l’Eglise ne peut pas en être le chef. Il ne s’agit pas ici de faire du sentiment, ou de craindre de perdre un certain confort, en particulier à Paris, où les traditionalistes ont le choix entre différentes mouvances traditionalistes. Un catholique doit avant tout agir en accord avec sa foi, loin de toute considération matérielle.

Je suis conscient que cela est difficile, et même qu’une telle imposture est impensable. Mais les lecteurs de RIVAROL sont sans doute plus ouverts d’esprit que les autres, eux qui sont conscients des nombreux mensonges officiels, en particulier dans le domaine de la recherche historique.

Dans le domaine de la théologie, comme dans celui de l’histoire, quand de nouveaux éléments sont mis en lumière — qu’il s’agisse de faits, ou de principes généraux — on ne doit pas hésiter à ré-examiner et, si nécessaire, rejeter des conclusions, quand bien même on les aurait toujours tenues pour vraies.

Propos recueillis par Jérôme BOURBON
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Pour les anglophones, signalons que sur le site portail, www.SGGResources.org, on peut retrouver des articles et des vidéos de l’abbé Cekada, ainsi que l’édition en anglais de son livre sur la nouvelle messe, Work of Human Hands. Il tient aussi un blog appelé Quidlibet à l’adresse www.fathercekada.com.

RIVAROL daté du jeudi 31 juillet 2014 (numéro 3152), 82 boulevard Masséna, Tour Ancône, 75013 Paris. Abonnement : 114 euros par an (ordre des Editions des Tuileries).

20/07/2014

Zapatero propose une autorité religieuse mondiale…



L’ancien président espagnol José Luis Rodriguez Zapatero proposait mardi dernier, lors du symposium international sur la Paix mondiale à l’Université de Nebrija de Madrid, la création d’une« alliance permanente entre les confessions religieuses » reliée à l’ « Alliance des civilisations », une de ses créations, et à l’ONU.
« Aujourd’hui l’alliance ne suffit plus. Il faut l’union. L’union des religions, des cultures, en faveur de la paix » a-t-il déclaré. « Une autorité religieuse globale » qui aurait pour « principes » le respect du pluralisme religieux et la liberté religieuse, afin d’en finir avec les guerres.
Le site espagnol Infocatolica n’en croit pas un mot : « Zapatero propose son modèle d’Antichrist » titre-t-il.

En effet, la proposition est, par son apologie du relativisme, un pas de plus dans la dictature du relativisme, puisque pour lui, la seule vérité « est la liberté et le respect de toutes les confessions ».
L’ancien président promoteur acharné de la culture de mort sous toutes ses formes, veut en finir avec « les fanatismes », qu’il décrit : c’est ce qui prévalait en Espagne « pendant quarante ans » et qui a cédé devant la démocratie…
Le seul fait de croire et de donc de croire que l’on est dans le vrai mène à la violence, dès lors il faut absolument refuser tout dogme… Le raisonnement est simpliste, la ficelle un peu grosse. Exit les dogmes religieux, pour laisser place à des « valeurs » imposées : la démocratie, la liberté religieuse supérieure à la vérité, les droits de l’Homme prévalant sur le reste…
Mais non content de relativiser les croyances, il veut que cette institution soit une instance de dialogue, notamment avec les organisations féministes, parce que les religions ont pour lui « un problème » avec le droit des femmes. Les autorités religieuses auront également à travailler ensemble sur les thèmes de la jeunesse, des médias, des migrations et de l’éducation. Un projet dans lequel la culture tient une éminente place, révolutionnaire.
La civilisation que propose Zapatero n’est ni européenne, ni chrétienne, elle est l’Union Européenne : « L’Union européenne est le projet de civilisation le plus important que l’histoire ait jamais connu, mais c’est un projet nouveau. Et comme tout projet historique il ne s’agit pas d’un projet de laboratoire : il se construit à mesure qu’il se fait, animé par deux grands principes, l’union pour la paix et la démocratie ».
Un pas de géant vers le syncrétisme religieux.

source

 La religion de l’Antéchrist (cliquez)

27/05/2014

L’Effroyable Imposture du féminisme, de Lucie Choffey




Lucie Choffey est née en 1984 près de Bourges, dans le Cher. Après des études d’ingénieur et le début de ce qui aurait pu devenir une belle carrière, elle décide de tout arrêter pour suivre, malgré les pressions et les regards désapprobateurs de son entourage, son désir propre de femme et de mère : rester à la maison et s’occuper de son fils.

Elle essaye alors de comprendre pourquoi, pendant tant d’années, elle a voulu se conformer à ce que d’autres voulaient pour elle, et en quoi le féminisme qui prétend libérer les femmes est en réalité une autre prison dans laquelle la société tout entière est en train d’être enfermée.
Modification des rapports hommes-femmes, mépris de la maternité, travail de la femme à l’extérieur du foyer devenu une obligation économique, banalisation de l’IVG et occultation de ses conséquences psychologiques et sociales, les mouvements féministes ont profondément bouleversé la société, sans avoir pour autant libéré la femme qui, prise en étau entre l’image de l’executive woman combative et sexy que lui imposent les médias et sa propre réalité, ne sait plus quelle place est la sienne ni quelle est celle des hommes.
Une idéologie de l’égalité entre les sexes qui arrive aujourd’hui à son paroxysme avec la théorie du genre, qui voudrait confondre le masculin et le féminin en une seule identité – un garçon et une fille, c’est pareil – tout en déconnectant le sexe biologique d’un sexe dit social, le genre. Ainsi, l’égalité entre tous aboutit paradoxalement à une hyperindividualisation, chacun n’étant plus que le « produit » de sa propre construction.
En se penchant plus particulièrement sur les conséquences d’un processus historique qui a connu bien des divergences, Lucie Choffey brosse ici le tableau d’une révolution commencée il y a plus d’un siècle et qui n’a servi finalement que les intérêts de la société libérale-libertaire qui s’annonçait.

Se procurer l’ouvrage chez Kontre Kulture :

"L’Effroyable Imposture du féminisme"de Lucie Choffey

21/05/2014

Le pantalon pour femmes, symbole révolutionnaire gay et lesbien

 Pantalon

Christine Bard est peu suspecte d’appartenir au camp réactionnaire. Professeur d’histoire à l’Université d’Angers, elle préside l’association Archives du féminisme. Elle est également coordinatrice scientifique de Muséa, « musée virtuel d’histoire des femmes et du genre », pour lequel elle a notamment conçu l’exposition « Femmes au masculin ».
La lecture de son ouvrage « Histoire politique du pantalon » démontre donc ce que d’aucuns suspectaient, à savoir la volonté chez les plus ardents promoteurs de ce vêtement auprès de la gent féminine de « viriliser les femmes ».
Dans la perspective du gender, la volonté de milieux féministes et de couturiers homosexuels d’imposer le pantalon comme un vêtement féminin comme les autres ne fut pas anodine. « Le costume reflète l’ordre social et le crée ».
Avec lucidité, Christine Bard affirme : « Le vêtement a, parmi ses différentes fonctions bien analysées par le psychanalyste anglais John Carl Flügel, celui de permettre une lecture immédiate de l’individu ». Et d’insister : « Le pantalon est le marqueur du sexe/genre le plus important pour l’histoire occidentale des deux derniers siècles ».
C’est pourquoi, dans l’esprit féministe, « le pantalon s’inscrit dans une dynamique de remise en cause des mythes structurant les deux genres ».
La femme en pantalon devient « un symbole politique de la lutte pour l’égalité des sexes ». La guerre mondiale « a entraîné un vacillement des valeurs ». Ce vacillement, « l’avènement d’une mode androgyne, à la garçonne, le symbolise ».
L’auteur souligne le rôle des vedettes du cinéma ou de la littérature comme Françoise Sagan, « au charme androgyne, qui est souvent photographiée en jean, pieds nus, décontractée… ».

YSL

Le rôle du couturier homosexuel Yves Saint-Laurent (1936-2008) est également détaillé : « dès sa première collection, alors qu’il travaillait chez Dior, il avait valorisé une certaine androgynie… ». L’auteur précise que, dans les années 70, le pantalon féminin trouve, comme avant-guerre, dans les femmes homosexuelles ses plus grandes avocates : Carole Nissoux, Paula Dumont, Elula Perrin, Suzette Trition,etc…
Catherine Valabrègue, journaliste connue pour son engagement aux côtés du Planning Familial, estime que « la désexualisation de l’habillement répond sans doute au souci d’abolir la distance entre les sexes. (…) On est parfois tenté pour s’adresser aux femmes d’inventer le troisième sexe. (…) Ainsi voyons-nous au travers de la mode se dessiner dans la jeune génération le souci d’échapper à la contrainte des images traditionnelles de l’homme et de la femme. »
Christine Bard tire cette conclusion : « Le pantalon féminin est une image forte de rupture avec la Tradition, dans un contexte particulier qui la rend possible et souhaitable ». Le jean « est bien sûr associé à la libération sexuelle et à un style de vie bohème. Devenu symbole de révolte, il participe à la contre-culture occidentale. »

Alain Escada – Théorie du genre, stop ! (2014)
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